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La consommation de substances psychoactives sur le lieu de travail : Un sujet encore tabou

 

Si on a vu se réduire la consommation d’alcool par français et par an (en 1960 : 18 litres d’alcool pur par personne et par an, en 2003 : 9,3 litres), on est forcé de noter une évolution des modalités de consommation qui interdit de la considérer sous un angle entièrement positif. Beaucoup plus individuelles, liées au stress, moins festives ou alors avec une recherche délibérée d’une ébriété… À l’alcool se sont ajoutées d’autres substances illicites ou licites.

Au sein de l’entreprise, des nouvelles pratiques de consommation de substances psychoactives se sont également développées, censées soulager les nouvelles difficultés liées à la charge mentale subies par les salariés. Les ouvriers de l’Assommoir aux conditions de travail plus que pénibles physiquement et aux consommations « sociales » d’alcool plus qu’excessives ont laissé la place à des salariés de plus en plus stressés par leur activité, et aux usages de divers produits psychoactifs.

La situation de dépendance qui caractérise l’addiction devient très préoccupante pour l’ensemble des entreprises françaises, l’enquête de 2006 de l’INPES(1) et l’ANPAA(2), sur les addictions en entreprise effectuée auprès des DRH et des salariés, met en avant que les questions de toxicomanie sur le lieu de travail sont jugées de plus en plus préoccupantes par plus de 65 % des DRH d’entreprises de plus de 50 salariés, 71 % des dirigeants d’entreprises de moins de 50 salariés, et 50 % des salariés.

Outre les répercussions évidentes sur la santé des salariés, l’usage de ces substances peut favoriser la survenue d’accidents du travail.
Au regard de l’évolution des pratiques des salariés et du cadre réglementaire, IDée Consultants se positionne depuis plusieurs années dans cette démarche de prévention des risques professionnels.

 

Addiction, travail et risques professionnels

Une étude de 2008(3) sur la consommation de substances psychoactives en France confirme les évolutions constatées les années précédentes : Les français consomment certes moins d’alcool mais de manière différente, et de plus en plus de médicaments et/ou de drogues (cannabis, cocaïne, héroïne), avec la particularité, que chez ces usagers, on note une multiplication des polyconsommations, c’est-à-dire une consommation de plusieurs produits à la fois.

Alors que pendant longtemps les entreprises ont fermé les yeux sur ce sujet, l’enquête de 2006 de l’INPES et l’ANPAA souligne que cette problématique inquiète les DRH. Les conduites addictives mettent en danger la santé et la sécurité des salariés, sachant qu’en dessous d’une alcoolémie de O,5 g/l une perte de contrôle psychomoteur est observable (la prise de substances psychoactives entrainant une modification de la perception du risque et/ou prise de risque, perte d’attention ou de vigilance, évaluation faussée des distances, rétrécissement du champ visuel, etc.).

Tous les secteurs d’activités sont concernés. Cependant, certains secteurs ou postes de travail à fortes contraintes ont fait l’objet d’études spécifiques. C’est notamment le cas du travail posté, du travail de nuit et du travail isolé, des postes à responsabilités élevées, des postes à forte exigence en termes de vigilance (contrôle de processus sur les sites à hauts risques notamment, postes de surveillance ou de gardiennage), et tout ce qui renvoie à la conduite ou au pilotage (transports, manutention mécanique). Il semblerait que les consommations soient plus élevées ou plus fréquentes chez les personnes qui sont affectées à des postes à risque.

La prévention et la prise en charge des addictions sont donc de plus en plus nécessaires dans les entreprises. IDée Consultants aborde cette problématique comme toute autre problématique de santé sécurité, en prenant en compte l’ensemble des acteurs et en les invitant à une démarche collective.

 

Une solution de prévention par une démarche collective

Nos interventions visent à permettre aux entreprises et à leurs partenaires de construire leur réponse à ce fléau. Nous défendons une démarche où direction, services de Santé au travail et partenaires sociaux sont parties prenantes de l’intervention. Celle-ci n’est pas vue comme une aide individuelle fournie aux salariés qui ont un problème ou sont susceptibles d’en avoir un : Elle construit une vision globale via un diagnostic permettant de mettre en place une action de prévention qui soit une vraie réponse d’ensemble de l’entreprise.
Après avoir fait le diagnostic de la situation permettant d’identifier, d’une part, le risque de consommation ou de dépendance au sein de la structure et, d’autre part, les situations de travail pouvant engendrer des facteurs favorisant la consommation de substances psychoactives, nous travaillons avec l’entreprise à fixer des objectifs acceptables par toutes les personnes concernées. La direction de l’entreprise doit clairement s’engager dans une politique raisonnée de prévention, dont elle veillera à ce qu’elle soit claire et connue de tous. Cet engagement est la pierre angulaire de tout ce système. Des principes communs doivent être explicités afin que tous puissent s’inscrire dans l’action à sa juste place. Le médecin du travail, les représentants du personnel et les syndicats s’intègrent pleinement dans le dispositif par l’exercice de leurs fonctions.

En terme de formation, l’action envisagée vise donc à donner à l’encadrement de différents niveaux, les connaissances, les moyens nécessaires pour gérer de manière préventive ces situations. Nos interventions, sans rejeter les actions à contenu essentiellement informatif, visent avant tout à aider l’entreprise à élaborer une stratégie de gestion de ce phénomène et confier à chaque acteur concerné une mission précisément définie et coordonnée avec celle des autres. Le management doit agir pour la limitation des facteurs susceptibles de contribuer au développement d’une consommation de substances psychoactives, notamment autour des problématiques des risques psychosociaux et de la montée de l’individualisation.

 

Conditions de travail, stress, perte du collectif et développement des conduites addictives

Comme nous l’avons déjà rappelé, l’entreprise n’est pas protégée des fléaux de la société, on y retrouve bien souvent ses maux. Rappelons également que de tout temps, la cohabitation addictions-monde du travail a existé, avec comme unique distinction, le fait qu’il a toujours eu des addictions exogènes. Aujourd’hui des addictions endogènes générées pas les conditions de travail s’y rajoutent : Cadres sous pression, victimes du mythe de la performance individuelle. Le  fait nouveau : Ils se droguent pour (soi-disant)  « être au top », tels des sportifs de haut niveau qui doivent performer. D’autres, pris dans une réorganisation difficile, consommeront des benzodiazépines contre l’angoisse ou des hypnotiques pour dormir.

Inutile de souligner que les risques psychosociaux (RPS) apparaissent ces dernières années et plus particulièrement ces derniers mois comme l’un des risques majeurs pour les entreprises. La plupart des écrits sur le sujet l’évoque : Des contraintes de travail particulières peuvent mettre l’individu dans des situations difficilement tenables (objectifs trop élevés, responsabilité trop forte ou faible autonomie, relations de travail difficiles, conflits, etc.) dont les symptômes peuvent apparaître au niveau physique (troubles du sommeil), émotionnels (crise de larmes, de nerfs), intellectuels (oublis, erreurs, problème de concentration), et/ou comportementaux (agressivité, repli sur soi). Le « stress » survient lorsqu’il y a déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face. Ce sentiment peut amener des salariés à consommer des substances psychoactives.

L’hystérésis est une caractéristique essentielle de l’addiction consistant en la persistance du phénomène quand cesse la cause qui l'a produit. C’est ce qui fait que, même si l’étiologie de la dépendance d’un individu relève de son histoire personnelle, la suppression des causes qui l’ont conduit à cet état n’entraîne pas la fin de la dépendance. Même si ce sont les circonstances de la vie - heureuses ou malheureuses - qui ont amené une personne à trop boire, être alcoolique c’est perdre le contrôle de sa consommation, c’est boire sans l’avoir décidé, c’est être soumis aux exigences de l’alcool, c’est avoir été piégé par une substances qui a fourni un soulagement éphémère qu’elle fait payer au centuple par une dépendance croissante. Le malade alcoolique boit parce qu’il est alcoolique et non parce que son conjoint l’a quitté, même s’il identifiera cette blessure comme le départ (donc la cause selon lui de sa dépendance). De même si un salarié est amené à user de psychotropes pour supporter les tensions que lui impose une nouvelle organisation du travail, améliorer ces conditions ne fera pas disparaître son addiction.

Le mode d’intervention dans ce contexte s’avèrera donc différent d’une démarche de prévention des RPS ou d’une démarche de prévention des risques professionnels.

Du prisme de nos interventions en entreprise, il nous semble incontestable que la perte du collectif joue un rôle dans le ressenti par l’individu des tensions qu’il vit au travail pouvant être également un facteur favorisant des pratiques de consommation psychoactives surtout dans des contextes particuliers d’instabilité et de précarité professionnelle (fermeture d’entreprise, restructuration, fusion, etc.). L’entourage professionnel (équipe de travail, hiérarchie) et social (famille, amis, etc.) de l’individu en situation de stress professionnel sont déterminants dans son vécu de la situation. Si on a avec raison insisté sur le rôle de l’entourage dans les excès de consommation de nombreuses personnes, il faut aussi considérer le collectif comme un modérateur par le soutien qu’il apporte dans le vécu des difficultés. Ce soutien est reconnu comme un élément permettant de faire diminuer les symptômes chez une personne stressée et la probabilité d’avoir recours à des pratiques addictives pour faire face à cette situation.

Gilles Karpman et Élodie Marcuccilli

Newsletter n°3 - Décembre 2009

 

(1) Institut National de Prévention et d'Education pour la Santé (INPES)
(2) Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA)
(3) Étude menée conjointement par l'Institut National de Prévention et d'Education pour la Santé (INPES) et l'Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT)

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