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D'un lieu de culte dans l'entreprise ?

 

Comment répondre à une demande de mise à disposition d'un lieu de prière pour les travailleurs de religion musulmane ? Au mois de décembre 2009, cette question un peu étonnante a été posée par deux fois par deux clients, et deux fois aussi a été évoquée dans des émissions de radio.

 

La réponse doit être compréhensible pour le corps social

Sans savoir si c'est un effet du débat pervers sur l'identité nationale, il se trouve qu'une réponse était sollicitée sur l'opportunité d'accepter ou de refuser. Et selon la réponse il s'agissait aussi d’en connaître la raison et les moyens de mise en œuvre.
Si les questions de ce genre peuvent prendre de cours au petit matin, il n'en reste pas moins qu'il y faut une réponse. Avant de se poser la question du pourquoi et du comment, il s'agit de se dire que la réponse doit être compréhensible pour le corps social. A défaut de quoi, la porte serait ouverte à un certain nombre de dérives de tout poil. Cet objectif étant posé, la réponse doit se fonder sur pourquoi cet espace est refusé ou attribué.

Pour l'histoire, c'est vrai que chez Renault à Billancourt (ailleurs peut-être), dans le temps, des lieux de ce type ont existé tant pour la pratique de la religion musulmane que pour un parti politique. Au moment de la fermeture de Billancourt, il y avait parmi les interlocuteurs de la Direction, comme aussi des syndicats, deux "leaders" charismatiques qui avaient animé ces lieux de prière. Deux considérants à ce propos : Les tensions en terme d'intégration/exclusion ne se posaient pas avec la même acuité qu'aujourd'hui (le communautarisme était un mot inconnu) et les populations concernées par cette religion représentaient une très grande partie du corps social de ces entreprises.

Il paraît nécessaire pour construire une réponse cohérente de se rappeler les raisons pour lesquelles des personnes vont travailler : Exercer leurs compétences dans un emploi pour le compte d'autrui et obtenir en contrepartie une rémunération. Dans une organisation existent un pouvoir et un contre-pouvoir qui ont chacun leur rôle et des moyens pour défendre leurs intérêts. Chacune des communautés a des lieux et des moments pour se retrouver et échanger : L'assemblée générale des actionnaires, les sections syndicales. D'un côté comme de l'autre, les intérêts défendus sont collectifs : Ceux du travail et ceux du capital. Sortie de ces dimensions, chacun reste libre de ses pensées, pratiques et croyances au sein de la collectivité à laquelle il/elle appartient.
Fort des éclairages qui précèdent, quelles sont les réponses possibles. Elles sont au nombre de trois, en tout cas trois principales, avec peu d'arrangements possibles entre elles.

 

Trois réponses possibles

Première réponse : Au nom de l'égalité, c'est non pour toute religion, parti, sport, macramé, etc. Chacun(e) pratique, ou non, ce qu'il veut mais en dehors de l'entreprise. Celle-ci ne saurait se transformer en un lieu où chacun revendique un endroit pour pratiquer ce qu'il veut. Les églises, les partis, les adeptes du body-building, … Où va-t-on ?

Deuxième réponse : Au nom de la laïcité, c'est oui, mais le lieu où toute religion, politique, sport, macramé pourra être pratiqué doit être clairement affiché au sens d'un lieu d'expression de la diversité et du respect de celle-ci. Les aéroports ou certaines gares ont bien un lieu pour pratiques multi-religieuses. Mais ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, cette réponse est un peu fausse, voire "faux-cul", car qui d'autre que des personnes de religion musulmane utiliseront ce lieu. Accepteront-elles, et réciproquement, que pendant la pratique de leur religion d'autres y pratiquent le macramé ou du body-building ?

Troisième réponse : Au nom d'une spécificité, c'est oui au motif que la religion musulmane est la seule des trois religions monothéistes dont le jour important, le vendredi, tombe un jour hebdomadairement travaillé chez nous. A ce titre, accorder à ses pratiquants un local peut s'expliquer du fait de cette concomitance. Le fait qu'il y ait deux prières tous les jours dans cette religion n'est pas un argument, le Coran accepte tout à fait qu'elles soient décalées du fait des nécessités de la vie.

En revanche, il nous paraît aberrant et ce, au nom de la santé et de la sécurité au travail (critère compréhensible pour tout le monde), d’accéder à la demande, fréquente, notamment dans le BTP, de ne pas respecter les pauses, et surtout la méridienne, afin de pouvoir partir plus tôt pour la rupture du jeûne.

 

La rédaction d’un article du règlement intérieur

Les trois réponses présentent l'avantage de reposer sur des critères compréhensibles par le corps social. Pour nous, la première est la plus claire mais pas forcément la plus facile à tenir par crainte d'éventuels soubresauts sociaux avec des soupçons de communautarisme. Les deux autres consistent, sur le fondement de critères clairs, à accéder favorablement à la demande mais elles ne sont pour nous que le début d'une série de problèmes si un jour il faut mettre un terme à certaines demandes.

Une solution peut se trouver aussi dans la rédaction d'un article du règlement intérieur qui disposerait qu'en dehors des moyens mis à la disposition de l'expression syndicale, tout autre expression de convictions ou de pratiques ne peut trouver de moyens à sa disposition dans l'entreprise. A notre avis, cette solution répond expressément à la première des trois réponses, avec l'énorme avantage de prémunir la collectivité de travail de tensions liées à des questions qui n'ont pas lieu de la diviser dans ce lieu et dans ce moment.

L’article du règlement intérieur pourrait ainsi être rédigé : « Le droit d’expression de convictions personnelles (philosophique, religieuse, politique …) qui est un élément de la citoyenneté des salariés, ne saurait être interdit. En revanche, l’entreprise refuse la mise à disposition de moyens matériels ou autres en permettant l’exercice. »

Ajoutons enfin, que la réponse honnête intellectuellement ne peut être liée aux croyances ou pratiques des dirigeants, ni à la qualité des demandeurs (élu ou délégué syndical) non plus qu'à celles de personnes qualifiées auxquelles ils s'adresseraient pour les aider dans le choix de la réponse.

 

 

Emmanuel FROISSART

Newsletter n°05 - Février 2010

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