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Stress de l’évaluation et évaluation du stress

 

Disons le tout net, je déteste les entretiens d’évaluation.
Que ce soit comme évaluateur ou comme évalué, je n’ai jamais pris plaisir à cet exercice.
C’est pathologique, j’en conviens sans mal, je n’arrive pas à aimer la critique, même positive et ouverte
.

 

Jusque-là, j’avais eu de la chance, fonctionnaire d’avant (bien avant) que la culture du résultat n’atteigne la fonction publique, personne n’avait envie ni mission de s’entretenir avec moi du bilan de mon année et des perspectives de la suivante. J’étais noté, péremptoirement, sans discussion ni entretien, par un Directeur Régional sur avis d’un Départemental. J’en prenais connaissance (par écrit) et pouvais former un recours (par écrit) gracieux, administratif ou judiciaire. Du carré du solide.

Le pénible face à face évaluateur - évalué nous était épargné, mille mercis ! On se poignardait dans le dos sans conséquences notables, ça permettait de connaître ses ennemis au lieu de feindre de n’avoir que de bienveillants managers soucieux de l’harmonie de notre évolution. Que ceux qui n’ont connu de stress que celui de l’entreprise privée tentent d’imaginer ce que peut être celui du chef d’un service de fonctionnaires tout aussi incapable de se séparer des pires agents que de récompenser les meilleurs.

Mais les choses ont changé pour moi. Passant de la fonction publique à la direction d’une (très petite) entreprise privée, j’ai sauté la case « évalué » et suis devenu « évaluateur ».
A priori on pourrait penser que c’est une position plus confortable, mais en pratique il n’en est rien.

En tout cas, il y a dans cette évolution, deux choses dont une qui n’a pas changé et une qui a mal évolué. Ce qui n’a pas changé : je déteste toujours les entretiens d’évaluation. Ce qui a mal évolué : j’avais réussi à ne pas subir mon entretien annuel comme managé du secteur public, je dois en supporter plusieurs par an comme manager du privé.

Bon ce n’est pas très grave, je n’aime pas non plus les contrôles de billets, les files d’attente, les piqures, la clairette de Die, mais je supporte lorsqu’il faut.

Va donc pour les entretiens d’évaluation, ils font partie des contingences pas toutes agréables de la vie moderne. Ne me demandez pas d’aimer cela, mais on fait avec.

Les vénérables magistrats de la Cour de Cassation semblent eux aussi ne pas apprécier cet exercice puisqu’ils le jugent suffisamment stressant pour devoir faire l’objet d’une consultation du CHSCT avant toute mise en place dans une entreprise.

Avant de vous émerveiller sur tant de progrès dans la prise en compte de la santé psychique des salariés par notre plus haute juridiction, rappelez-vous une chose : les magistrats constituant le Juge Suprême, eux non plus, n’ont pas connu cet exercice. Notation (écrite) : oui ; recours (écrit) : oui ; entretien évaluatif : jamais ! Ils vivent dans un monde heureux ou de lointains chefs rédigent des appréciations et attribuent des notes dans le secret de leur cabinet. Dans toute l’administration française, on se courtise ou se poignarde ainsi depuis des siècles sans avoir à en discuter en direct. Malgré la subtilité de la rhétorique des feuilles de notes on sait précisément ceux qui nous proposent des alliances (N+2 allié avec N+1 contre N), qui nous courtisent, qui nous veulent du mal (mais ne peuvent nous en faire beaucoup !).
Ce qui angoisse les magistrats c’est l’entretien, le tête-à-tête, le verbal, le relationnel. Eux qui jugent sur dossier des gens qu’ils ne voient pas, comment voulez-vous qu’ils perçoivent l’idée de l’entretien d’évaluation ? C’est eux que ça stresse !

D’un côté on nous dit que l’entretien d’évaluation peut nous stresser et que ceci est un risque pour la santé. De l’autre qu’il faut évaluer les risques. Il faut donc évaluer les risques liés à l’entretien d’évaluation.

Bon jusque là ça va, mais ça se complique :
La Cour de Cassation ne dit pas que l’évaluation est stressante, mais qu’elle peut l’être et donc qu’il faut consulter le CHSCT … à tout hasard.
Mais en fait, pour en savoir assez pour consulter ledit comité, il faut évaluer concrètement les risques pour la santé issus de la mise en place d’un dispositif d’évaluation individuelle. Bref, il faut évaluer le risque de l’évaluation. Que risque il y ait ou non, on devra le dire au CHSCT pour que celui-ci nous rende un avis dont on fera ce qu’on veut, sauf s’il commet un expert qui dans son rapport soulignerait des risques sérieux pour la santé, alors le TGI serait fondé, s’il en est requis à interdire la mise en place d’un dispositif dangereux pour la santé des travailleurs.

C’est bien compliqué mais alors que va-t-on faire ? Le plus simple est peut être de renoncer à évaluer les salariés et à se (re)mettre à décider d’augmentations, promotions et saccages divers au doigt mouillé sans en parler à personne.
Ca au moins ce n’est pas stressant, à moins qu’un expert ne vienne nous dire que cet arbitraire scandaleux est hautement « stressogène » et que le tribunal, sur ce requis et tout ému, ne vienne nous obliger à sortir de cet arbitraire moyenâgeux et pour cela nous ordonne d’objectiver nos appréciations, de les motiver, de les communiquer aux salariés, de donner à ceux-ci un droit de réponse et d’interpellation comportant par exemple … des entretiens réguliers.

 

 

Gilles Karpman

Newsletter n°13 - Novembre 2010

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