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Le risque de l’entreprise sans contours

 

Il est récurrent, depuis plusieurs années, d’évoquer le principe de l’entreprise sans frontières, c’est-à-dire de l’entreprise dont le nouveau terrain de chasse est la planète, le fameux village mondial, qu’elle en soit elle-même un acteur offensif ou qu’elle subisse cette mondialisation. Le propos n’est pas ici de porter un jugement sur cette évolution, mais d’en tirer les conclusions sur la manière dont cela impacte les pratiques de relations et de régulations sociales.

 

La première caractéristique de cette mondialisation apparaît comme étant une ouverture généralisée des marchés et donc une concurrence exacerbée sur un nombre de plus en plus grand de biens et de services. Pour autant, un des premiers sinon le premier marché confronté à cette concurrence exacerbée, c’est bien celui du travail et la possibilité de sa mise en concurrence entre des écarts de systèmes et de niveaux de coûts extrêmement importants.

 

Il en résulte des entreprises éclatées

Pour faire face à cette concurrence mondiale du travail, les entreprises occidentales et notamment les entreprises françaises ont donc du s’adapter et elles-mêmes s’ouvrir pour intégrer en leur sein les deux formes de travail qui les préservent le mieux de la concurrence : autant que nécessaire le travail à forte valeur ajoutée qui garantit la prédominance du savoir faire et de la qualité et autant que possible, pour tout ce qui est davantage interchangeable ou copiable, le travail à moindre coût qui permet d’être compétitif. Il en résulte aujourd’hui, non seulement des entreprises éclatées, structurellement (groupes, sous groupes, filiales) et géographiquement (délocalisations), mais également éclatées entre les activités « cœur de métier » qui restent en leur sein et l’externalisation progressive de tout ce qui peut permettre de sortir de la rigidité des emplois et parfois des lourdeurs auxquels correspondent, sur ces emplois, en particulier dans les grands groupes, les fameux acquis sociaux.

Il suffit de regarder l’automobile pour constater qu’en trente ans elle est passée d’une industrie intégrée à une industrie de conception et de marketing, encore d’assemblage (mais pour combien de temps ?), externalisant la fabrication de tous ces composants.

À l’inverse, d’autres secteurs se développent en étant, non pas ceux qui externalisent mais comme pendant de cette externalisation : l’informatique, par exemple, pour lequel l’essentiel de l’activité des entreprises qualifiées de « SS2i » consiste en un travail en régie, une mise à disposition plus ou moins permanente de personnel dans toutes celles qui ont un besoin récurrent dans ce domaine mais dont ce n’est pas le métier.

 

Quels constats pour les relations sociales et leur régulation

Le propos n’est pas ici de porter un jugement sur cette évolution, sur le plan de son efficacité économique et sociale, pour nos pays ou pour la planète, même si c’est bien évidemment un vrai débat, mais pour en faire le constat et en tirer les conclusions sur la manière dont cela impacte le droit du travail et surtout les pratiques de relations et de régulations sociales.

Ceux-ci restent calés sur les schémas du passé et courent désespérément derrière de nouvelles réalités auxquelles ils ne sont pas adaptés.

On voit ainsi notre droit du travail bégayer lorsque dans le même temps, il continue d’interdire le prêt de main d’œuvre à but lucratif et à sanctionner pénalement le délit de marchandage, tout en demandant aux entreprises donneuses d’ordres d’ouvrir leurs instances de représentations du personnel aux salariés concernés.

Les mêmes décalages sont visibles dans les relations sociales : si l’entreprise est ainsi de plus en plus sans frontière, elle est surtout de plus en plus sans contours, en tout cas sans ceux qui ont construit les formes et modalités de représentation du personnel et d’actions dans les relations sociales et sur lesquelles notre syndicalisme reste très ancré.

Les collectifs de travail n’en sont plus en tant que tels, ou de moins en moins, parce que s’ajoutent aux différents périmètres qui gravitent autour des entreprises le zapping des nouvelles générations et leur plus faible attachement à l’outil de travail ou plus encore à l’identité ou au projet de l’entreprise dont ils ne se considèrent, souvent avec raison, qu’un passager temporaire.

 

De nouvelles formes de représentations à inventer

Dans ce contexte, il devient réaliste de penser que les nouvelles formes de représentations susceptibles de répondre aux attentes de ces nouveaux salariés ne soient pas celles qui s’adressent à eux en tant que membre d’une collectivité de travail dans telle ou telle entreprise, mais comme relevant d’une classe sociale particulière, plus ou moins privilégiée ou plus ou moins prolétarisée, selon son positionnement dans les différentes strates organisées, par externalisation en cascade, autour des noyaux dures restants des entreprises « souches ».

La loi du 20 août 2008 rendra possible que de nouvelles organisations apparaissent, avec une nouvelle offre, davantage en phase avec leurs nouvelles réalités et leurs nouvelles attentes. Il n’est pas sûr néanmoins que ces nouvelles organisations soient toutes convaincues des charmes du compromis économique et social et visent à optimiser les régulations nécessaires. Si le syndicalisme traditionnel ne sait pas prendre ce virage, il deviendra un bastion de corporations diverses, frileuses de leurs acquis et en lutte, non plus tant ou non plus seulement avec le patronat, mais avec des organisations plus révolutionnaires qui viendront pour remettre en cause le système, avec de nouvelles « charte d’Amiens » qui n’auront pas que pour vocation de rappeler les grandes heures des combats passés. Ces organisations existent peut-être déjà d’ailleurs, et ne demandent qu’à prendre leur envol, sur les vestiges d’une législation du travail et de relations sociales qui bâtissent leur avenir le regard fixé sur le rétroviseur.

C’est donc nous semble-t-il un enjeu majeur des équilibres ou des déséquilibres à venir que cette capacité ou non des organisations traditionnelles à répondre aux attentes du salariat beaucoup plus largement qu’autour de leur clientélisme actuellement installé, ici dans la fonction publique, là dans telle ou telle branche ou grands groupes. À continuer de « parler et agir » au nom de ceux qui en ont le moins besoin (même s’ils en ont aussi besoin),  au mépris, voire au détriment de ceux qui en ont le plus besoin (entreprises sous-traitantes, PME et TPE), les organisations syndicales creusent le fossé avec un nouveau salariat qui ne se considère pas représenté et sera tenté d’écouter de nouvelles voix, sans nostalgie aucune des grandes heures que les plus jeunes n’ont pas connues et dont ils n’ont d’ailleurs pas le sentiment qu’elles aient empêché, ni « l’économisation » du monde, ni la mondialisation de l’économie.

 

Yves Pinaud

Newsletter n°16 - Février 2011

 

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