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Le scandale de l’amiante et les désamianteurs

 

Le scandale de l’amiante n’est vraisemblablement pas terminé. Aux drames subis par les travailleurs et utilisateurs d’amiante vient s’ajouter celui qui se prépare pour les désamianteurs.

 

Formateur et enseignant en Santé et Sécurité du travail, je mets souvent en garde mes stagiaires et étudiants contre les difficultés intrinsèques à l’exercice indispensable d’évaluation des risques. Pour illustrer ce que je veux dire, je leur donne souvent l’exemple du désamiantage.

 

Le choix du désamiantage aurait mérité discussion

Je leur explique depuis des années que je ne suis pas certain que le désamiantage tel qu’il a été organisé, était un choix indiscutable.

Toute mesure prise, le fut-elle dans une volonté de prévention, implique des risques. Avant de se précipiter à préconiser une mesure quelle qu’elle soit, il est indispensable d’évaluer les risques qu’elle supprime et ne pas omettre de les comparer avec ceux qu’elle peut créer.

Dans le cas du désamiantage, il n’est pas du tout certain que, compte tenu de l’émotion légitime soulevée et de la pression existant pour que des solutions soient mises en œuvre, on ait sereinement et méthodiquement évalué ce que représente pour les occupants des immeubles contaminés l’exposition au risque et surtout qu’on l’ait comparé aux risques encourus par les désamianteurs.

Loin de moi l’idée de nier la réalité des risques pour la santé des occupants des locaux, liés à la présence d’amiante, dite inertée, dans des flocages et matériaux de bâtiment divers, mais ayant une longue pratique de la réalité de chantiers de toutes sortes, je suis toujours resté sceptique sur l’efficacité des mesures prises pour protéger la santé des travailleurs affectés au désamiantage. Il s’agit bien là d’aller gratter, récupérer, évacuer cette fibre si dangereuse. Il est évident que si la seule présence d’amiante dans des plafonds, conduits divers est une menace pour la santé que dire alors des risques résultants du fait de devoir attaquer les revêtements incriminés ?

 

Des données scientifiques et techniques nouvelles remettant en cause les choix faits

Tant pis si j’ai l’air de vouloir me donner des allures de Cassandre ou de Prophète mais il se trouve qu’aujourd’hui de nouvelles données scientifiques et techniques ont donné du corps à mes craintes. Ces données ont établi que l’évaluation des risques du désamiantage et les mesures de prévention en découlant étaient fondées sur des hypothèses insuffisantes qui négligeaient une partie importante de la réalité du risque.

Il ne s’agit pas là d’alertes de Cassandre affolées mais de données sérieusement étayées remettant en cause les modes de travail actuels.

Dans une expertise publiée en 2009, l’AFSSET(1) établit que 85 % des fibres dangereuses ont été négligées compte tenu des moyens de comptage utilisés. L’AFSSET préconise une révision de la réglementation avec notamment une division par 10 de la valeur limite d’exposition professionnelle, qui serait donc portée à 10 Fibres/l maximum (et non 100 comme actuellement) et un changement du mesurage de la concentration de fibres dans l’air.

Suite à cela, l’INRS a modifié son guide de prévention « Travaux de retrait ou d’encapsulage de matériaux contenant de l’amiante » en le faisant précéder d’un avertissement clair s’inscrivant dans la perspective ouverte par l’Affset(2).
Le gouvernement a suivi puisqu’il a annoncé une modification règlementaire …
Tout va bien alors : tout le monde est d’accord et on agit … enfin, pas trop vite, puisque cette modification aurait effet à compter de 2015 !

Or il ya urgence pour les désamianteurs.

 

Evaluation des risques, acceptabilité sociale des risques et inégalités sociales

On retrouve ici l’importance et la difficulté de l’évaluation des risques. Compte tenu de ces nouvelles données, l’équilibre entre le risque pour les utilisateurs de bâtiments et celui encouru par les désamianteurs ne devrait-il pas être regardé différemment ?

Si on procédait objectivement, je pense qu’on reconnaitrait qu’il est impossible de continuer à exposer les désamianteurs à un risque sans être dotés de moyens de prévention efficaces et donc qu’il est urgent d’attendre d’en disposer avant de poursuivre le désamiantage.

Bref un moratoire sur le désamiantage devrait s’imposer, pourquoi n’est-ce donc pas le cas ?

Nous sommes confrontés à un des gros problèmes de l’évaluation du risque … le risque des uns n’est plus celui des autres et tout le monde n’a pas forcément le même poids dans la discussion.

Derrière l’évaluation des risques et ses méthodologies se cache souvent l’acceptation sociale de tel ou tel risque et donc, in fine, celui des inégalités sociales.

Comme quoi nous avons raison à IDée Consultants, de ne jamais séparer le travail sur la santé et la sécurité des salariés de la problématique du dialogue social.


Gilles Karpman

Newsletter n°27 - Avril 2012

 

(1) Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (devenue l’Anses par fusion avec Afssa)
(2) « La modification de ce guide intervient à un moment où les avis de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (AFSSET*) de février et septembre 2009, relatifs à l’évaluation de la toxicité des fibres courtes et fines d’amiante et à l’évaluation de la valeur limite d’exposition professionnelle, vont conduire les ministères chargés de la santé et du travail à faire évoluer leurs réglementations afin de prendre en compte les recommandations de ces deux avis. »

 

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