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Subordination et coopération

 

Dans un édito d'un numéro précédent (« Vive l'entreprise libérée. De quoi, au fait ? » newsletter IDée n°58 Avril 2016), Yves Pinaud discutait le concept d'entreprise libérée.

Le sujet mérite selon nous d'être encore développé, ce que nous allons tenter dans cet article.

 

Le management annonce effectivement aujourd'hui qu'il faudrait libérer les entreprises, mais de quoi faut-il donc les libérer au fait ?
Des petits chefs semble-t-il…

Etre chef, surtout petit, n'a pas bonne presse depuis déjà longtemps… Il faut être manager, on le sait, mais aujourd'hui il faudrait apparemment aller plus loin : le management sans manager, l'auto-management en quelque sorte à défaut d'autogestion (Ah !! Les années 70, le PSU, Lip…).

On n'est pas à court de paradoxes, censés être féconds, (voir les délices l'oxymore appliquée au management) même s'il semble qu'on confonde souvent paradoxe et contradiction. Il serait prudent de s'en garder : la contradiction ça se gère et ça se dépasse, mais avec le paradoxe on tourne en rond et ça rend fou.

Pour ne pas devenir fou dans cette ronde, il est peut-être utile de reposer quelques bases quitte à ramener, espérons-le en douceur, certains amateurs d'élans lyriques vers le sol.

1/ Pour réaliser un projet il faut :

  • Des idées,

  • Des sous,

  • Du travail.

2/ Comme, pour certains projets, on n'a pas toujours seul en quantité suffisante les trois éléments ci-dessus, on ne peut se passer de l'aide de quelques autres.

3/ Il faut donc rassembler idées, sous et travail et coordonner leur complémentarité.

4/ Il existe diverses façons de se coordonner.

 

A/ Le porteur d'un projet (il a les idées) ayant aussi les sous (ou ayant trouvé celui qui a) recherche donc des personnes apportant leur travail (c'est-à-dire la mise en œuvre de leurs compétences pour s'opposer à ce qui résiste) pour réaliser SON projet.

Il ne cherche pas des gens pour remettre en cause son projet et faire des casseroles plutôt que des casquettes à visière.

Il portera la responsabilité de ce projet en cas d'échec.

Il en tirera gloire et bénéfice en cas de succès.

Il devient alors le chef (c'est-à-dire : la tête).

Ceux qui travaillent pour son projet obéissent donc à ses instructions et directives pour la réalisation de son projet, ils sont donc ses subordonnés (le vilain mot), il rend des comptes à ses associés ou actionnaires. Notons qu'on peut être subordonné et disposer d'une large autonomie pour accomplir une mission définie par le chef (mais pas autre chose).

Le travail subordonné a donné lieu au concept de contrat de travail qui reprend les principes ci-dessus, qui sont l'objet et la cause du contrat.

Ça fonctionne et a largement été éprouvé.

Ça fonctionne tellement bien que certaines organisations ainsi conçues deviennent aussi puissantes que de grands états. Mais elles sont parfois empêtrées dans des difficultés diverses. Liées à la taille et au vieillissement des structures impliquant perte d'agilité et de créativité mais surtout empêtrées d'un conflit potentiel entre subordonnés et dirigeants. Ce conflit séculaire a donné lieu à l'émergence d'un corps de règles contraignantes, appelé droit du travail, qui exaspère les dirigeants et les fait rêver d'autres formes de management libérées … Et ils rêvent : plus de petits chefs (mais toujours des grands : eux), plus de subordination (aux petits chefs) donc et enfin, plus de contrat de travail ce qui implique plus besoin de droit du travail, CQFD (T ?)…

Ils ont raison. On n'est pas forcé de travailler dans des rapports d'employeur à subordonné ; On peut faire autrement. Si on ne veut plus de subordination, inséparable de la notion de chef et qu'on souhaite la reléguer au rang des histoires des temps anciens, il y a d'autres formes possibles de collaboration.

 

B/ On peut chercher des associés : Et donc pas des subordonnés mais des co-porteurs de projets. Ils partagent les risques et bénéfices du projet et apportent une ou plusieurs des composantes nécessaires au projet. Ils doivent cependant se coordonner : ils ont une AG, un CA, un président et un directeur général qui a autorité pour réalisation du projet et décidera peut-être de rechercher des subordonnés (autonomes bien sûr on n'est plus au 19ème siècle).

Ce système trouve ses limites surtout s'il fonctionne bien : on crée notre société (ça s'appelle une start-up ou une jeune-pousse) entre pairs fondateurs (on peut l'écrire de deux façons) si ça fonctionne assez vite, on a recours au travail salarié et les fondateurs travaillent moins (et souvent ont moins d'idées mais c'est une autre histoire). C'est là la limite de cette forme de travail non salarié : quand ça fonctionne, ça crée du travail salarié. Souvent les ex-pairs s'entredéchirent jusqu'au meurtre symbolique du pair et on se retrouve sur le modèle précédent assez vite : exit les pairs voici à nouveau patrons et salariés.

 

C/ On peut chercher des coopérateurs, c'est très différent : On fait un peu l'impasse sur la question des sous et on met au premier rang le travail, c'est-à-dire que les associés seront ceux qui travaillent pour le projet, pas ceux qui apportent du capital. Il faut aussi une assemblée générale, un président et un directeur général, mais en principe on ne cherche pas (ou peu) le travail à l'extérieur. Ça fonctionne, il y a de fort belles scop, toute une économie sociale et solidaire, ça fonctionne sans, pour l'instant, aller aussi loin que l'organisation de type A. On peut maintenir le cap de la coopération, persister à vouloir mettre le travail devant la propriété et ne pas reconnaître de pouvoir à ceux qui n'apportent que des sous. Ça marche, mais il y a des limites quand on a besoin de sous (beaucoup) qui restent, quoiqu'on en dise, très utiles pour le développement. D'où des problèmes, toujours redoutables dans un monde où qui n'avance pas recule.

Reprenons : Oui il est possible de libérer l'entreprise de la subordination : On peut travailler entre associés ou entre coopérateurs.

Tout ça existe déjà et rencontre des limites comme tout, mais on ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre, c'est-à-dire garder les bénéfices et ne pas avoir les risques, rester le maitre et ne pas avoir de subordonnés, avoir des subordonnés et ne pas avoir de contrat de travail, avoir des contrats de travail et ne pas avoir de droit du travail.

Je comprends, sous prétexte de les motiver, qu'on essaye de faire croire aux subordonnés qu'ils seraient coopérateurs ou associés, ce n'est pas très loyal mais le monde est cruel. Je comprends que les subordonnés fassent semblant d'y croire. Dans un monde cruel, c'est de bonne défense. Ce qui est un vrai problème c'est quand les uns (patrons) et les autres (subordonnés) y croient. A vouloir être dans le déni ou le tabou sur leurs divergences d'intérêts et de statut, ils se préparent de sérieux motifs de conflits.

Ah, on me dit dans l'oreillette que j'aurais oublié les réseaux !

Nouvelle forme de remise en cause des relations de travail archaïques et subordonnées : l'Uberisation de l'économie ?

Non, je n'ai pas oublié, le travail en réseau ça existe également.

Mais il y a des réseaux de coopérateurs, d'associés, de mise en commun des moyens logistiques, et … des réseaux subordonnés qui s'avancent parfois sous couvert des premiers.

Ce n'est pas la mise en commun d'un système de réservation de services par internet qui fait de vous un coopérateur ou un subordonné, c'est l'existence ou non d'une obligation d'obéir à des instructions ou directives. Si le réseau exige de vous de ne pas faire concurrence à d'autres membres du réseau, de respecter des horaires, des directives, etc, il n'est pas un simple réseau mais un patron et vous lui êtes subordonné.

 

Gilles Karpman

Newsletter n°59 - Mai 16

 

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