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Travail de nuit et protection de la santé

 

Une étude de l'Inserm(1) a mis en évidence l'incidence du travail de nuit sur la survenance du cancer du sein(2).

 

L'Inserm présente cette étude de la manière suivante :

« Les chercheurs de l'Inserm ont donc examiné l'impact du travail de nuit sur la santé des femmes dans une grande étude de population effectuée en France entre 2005 et 2008. Le parcours professionnel (incluant chaque période de travail de nuit) de 3000 femmes a été passé à la loupe. Au total, plus de 11 % des femmes avaient travaillé de nuit à un moment quelconque de leur carrière.
Le risque de cancer du sein était augmenté d'environ 30 % chez les femmes ayant travaillé de nuit par rapport aux autres femmes. Cette augmentation du risque était particulièrement marquée chez les femmes ayant travaillé de nuit pendant plus de 4 ans, ou chez celles dont le rythme de travail était de moins de 3 nuits par semaine, impliquant des décalages de phase plus fréquents entre le rythme de jour et le rythme de nuit.
 »

30% ! Le chiffre fait peur mais il faut bien comprendre ce qu'il signifie.

« Le risque de cancer du sein était augmenté d'environ 30 % ».

Selon la même présentation de l'Inserm, le risque pour une femme (sans considération du facteur travail de nuit ou pas) est de 0,1 % (100 pour 100 000).

« Le risque est augmenté de 30 % » signifie que ce risque passe de 0,10 % à 0,13 % (et pas que 30 % des femmes travaillant de nuit seraient frappées).

Au niveau individuel, la différence est peu significative : une femme ne travaillant pas la nuit a 99,9 % de chances d'échapper à cette maladie, une femme travaillant la nuit 99,87 %.

Dit comme ça, pris individuellement, ça fait moins peur.

L'étude semble finalement pointer quelque chose de vrai mais d'insignifiant. C'est une donnée vraie mais dont on ne peut rien faire. Eviter de travailler la nuit ne réduit que de façon insensible le risque, cela ne peut aider à déterminer un comportement individuel.

Dire à une femme que travailler la nuit augmente son risque de cancer du sein est exact mais insignifiant à son niveau (à part le fait que nous aurons réussi à l'angoisser).

Mais il ne faudrait pas en déduire que l'Inserm perd son temps et notre argent.

L'augmentation du risque de 30 % implique, compte tenu d'une évaluation à 11 % du nombre de femmes ayant travaillé la nuit, et de 13 millions de femmes actives, cela nous donne 1,4 millions de femmes ayant travaillé la nuit, un risque augmenté sur cette population. On peut synthétiser cela dans un tableau :

 

 

Effectif

Risque estimé

Effectif problablement touché

Majoration effectif touché due au facteur travail de nuit

Sans travail de nuit

8 570 000

0,1 %

8750

 

Avec travail de nuit

1 430 000

0,13 %

1989

569

 

Au niveau global ce n'est plus insignifiant. Du fait du travail de nuit, entre 500 et 600 personnes de plus seront touchées. Du point de vue de la santé publique ce n'est pas sans conséquences :

  • Pour les nostalgiques du « bon vieux temps », prévenons-les qu'il n'est pas forcément pertinent de revenir à la bonne vielle interdiction du travail de nuit pour les femmes(3). Le fait qu'une étude ait mis en évidence un risque pour les femmes ne permet pas de dire que le travail de nuit n'aurait pas également des effets néfastes sur le métabolisme masculin (autres évidemment) ;

  • Si l'étude ne permet pas à une femme de prendre une décision individuelle, elle exige de la société qu'elle ne banalise pas une pratique dont il est établi qu'elle peut être néfaste (et pas seulement en augmentant le risque de cancer du sein). Il faut donc éviter le recours au travail de nuit, c'est ce qui est prévu dans notre législation actuelle : « Le recours au travail de nuit est exceptionnel. Il prend en compte les impératifs de protection de la santé et de la sécurité des travailleurs et est justifié par la nécessité d'assurer la continuité de l'activité économique ou des services d'utilité sociale ».(4)

Gilles Karpman

Newsletter n°63 - Novembre 2016

(1) Institut national de la santé et de la recherche médicale
(2) L'étude menée par des chercheurs de l'Inserm (Unité Inserm 1018 "centre de recherche en épidémiologie et santé des populations") et publiée dans l'International Journal of Cancer, montre que le risque de cancer du sein est augmenté chez les femmes ayant travaillé de nuit. L'étude réalisée en France et baptisée CECILE a comparé le parcours professionnel de 1200 femmes ayant développé un cancer du sein entre 2005 et 2008 à celui de 1300 autres femmes.
(3) L'ex article L 213-1 du code du travail était ainsi rédigé : « Les femmes ne peuvent être employées à aucun travail de nuit dans les usines manufactures, mines et carrières, chantiers, ateliers et leurs dépendances, de quelque nature que ce soit, publics ou privés, laïques ou religieux, même lorsque ces établissements ont un caractère d'enseignement professionnel ou de bienfaisance, ainsi que dans les offices publics et ministériels, les établissements des professions libérales, des sociétés civiles, des syndicats professionnels et des associations de quelque nature que ce soit ».
Ce n'était évidemment pas à cause du cancer du sein mais pour des raisons mêlant la moralité publique, la protection de la procréation peut être celle des femmes et vraisemblablement celle de l'emploi masculin. Ce texte fut abrogé en 2001 car contraire au principe d'égalité des droits entre les femmes et les hommes.
(4) Article L3122-32 actuellement en vigueur.

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