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Le sujet, ce n'est pas le bonheur, c'est le salarié

 

Après avoir largement contribué à introduire le Lean, le kaysen et le kanban, les plus grands spécialistes auto proclamés du management se rejoignent aujourd'hui sur le constat qu'il faut révolutionner la gestion des salariés en entreprise, notamment pour mettre fin au stress, à l'absentéisme et au burn out, d'ailleurs largement générés par les monstres organisationnels que beaucoup d'entre eux ont promus..

 

D'où le nouveau concept en vogue, en particulier auprès des grands groupes et de fonctions RH en mal d'idées nouvelles, avec un marketing et un message fort qui fait mouche : fini les RPS, relégués à une époque post-germinalienne dont chacun sait qu'elle est révolue, dépassée la qualité de vie au travail, qui ne peut finalement être considérée que comme la base minimale et place à la seule quête véritablement défendable :  le bonheur au travail.

Fleurissent donc désormais les « happiness manager » et jusqu'au « chief happiness officer », spécialistes en organisations de papouilles en tout genre pour faire entendre raison à leurs collaborateurs : ces derniers doivent enfin arrêter de penser qu'ils sont là pour gagner leur vie dans le cadre d'un parcours professionnel si possible évolutif et valorisant pour eux, en échange d'une petite contribution à l'atteinte des objectifs de leurs employeurs. Ils sont là pour être heureux, tout simplement, au point même de se demander si cela n'est pas devenu l'objet social de l'entreprise, tellement on va prendre soin d'eux et leur dire qu'on les aime, au point de se demander s'ils peuvent espérer mieux à la maison, voire même si ça vaut bien le coup qu'ils aient la tentation d'y rentrer de temps en temps.

Beaucoup vous diront que je suis dans la caricature et qu'en réalité il y a derrière tout ça un objectif beaucoup plus concret consistant à réconcilier les travailleurs avec le travail, en prenant chacun en compte, en développant la bienveillance, en libérant la parole pour que chacun exprime ses irritants et contribue aux corrections et améliorations nécessaires. Oui, mais non, parce que ça, ça existe déjà et ça s'appelle le management et ce n'est pas parce que ça ne se pratique pas dans la vie réelle qu'il faut inventer des tartuferies pour pallier, faire semblant ou plus encore détourner l'attention des vrais enjeux.

Le bonheur est l'affaire de chacun et se construit à partir de nombreux éléments, variables d'un individu à l'autre. Le travail en est d'évidence un des constituants, de par la place qu'il peut tenir dans la vie, non seulement en termes de temps et d'énergie consacrés, mais aussi de répercussion sur le temps personnel notamment par ses incidences sur le niveau de vie.

Personne ne peut sérieusement prétendre que le bonheur au travail des salariés puisse être un objectif que l'employeur aurait la mission et la responsabilité d'organiser et de garantir en tant que tel. Mais il peut être un résultat heureux pour les salariés et auquel l'employeur aura concouru ou en tout cas qu'il n'aura pas empêché, s'il a seulement fait son travail d'employeur et/ou de manager : Poursuivre ses objectifs technico-économiques en considérant que les ressources humaines dont il a besoin et dont il s'est doté ne sont pas des ressources comme les autres, justement parce qu'elles sont humaines, dotées de pensées, d'envies, d'ambitions, de peurs, d'émotions, de chair.

Quand les organisations rabaissent les femmes et les hommes de l'entreprise au rang d'objet, maillons de processus qui les enferment et les vident de ce qui fait leur humanité, faiblesses comprises, seuls de grossiers artifices manipulateurs peuvent essayer de faire croire qu'on s'intéresse à leur bonheur. Quand le management sait repositionner l'humain en tant que sujet, acteur de l'organisation, en clarifiant les rôles et les attendus, en osant la confiance, en valorisant la prise de risque et l'innovation, en acceptant l'erreur, en soutenant, en évaluant et en reconnaissant la contribution, ces femmes et ces hommes savant parfaitement qu'ils sont d'abord leurs propres leviers du développement de leur bonheur au travail.

Tout salarié peut encore supporter effort et pénibilité, sans avoir besoin de massages californien à la pause déjeuner et sans que cela n'entame sa propension au bonheur au travail, tant qu'on ne l'a pas délibérément privé du cadre dans lequel il peut rester, comme Mandela a su le faire au fond de sa geôle, « le maître de son destin, le capitaine de son âme ». Un sujet, pas un objet.

 

Yves Pinaud

Newsletter n°69 - Juillet/août 17

 

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