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Du socialisme utopique au capitalisme utopique 

 

Le XIXème siècle a connu le socialisme utopique. Les Auguste Comte, Saint-Simon, Enfantin, Charles Fourier … l'ont théorisé. D'autres, ou parfois les mêmes, l'ont mis en pratique, (Owen, Godin, Considérant) en France, en Belgique, en Angleterre et même au Texas à Dallas ou exista une communauté fondée par le disciple de Fourier, Victor Considérant.

 

Il semble que le XXIème siècle lui donne la réplique en voyant proliférer les expériences de capitalisme utopique : entreprises libérées, neuronales, holacratiques : plus de chefs, plus de management, un fonctionnement fondé sur la libération des énergies créatives de ceux dont on ne sait plus s'il faut les appeler « salariés » tant la subordination semble être proscrite.

De nos jours, la critique des organisations dites pyramidales est devenue un lieu commun. Les architectures en réseau ou autres relevant de, réels ou fantasmés, « paradigmes différents » ont beaucoup plus la côte désormais. Ces organisations « organiques » (sic) auraient des qualités bien supérieures aux organisations « mécaniques » et permettraient de libérer la créativité et l'autonomie des collaborateurs. Le capitalisme chercherait donc à se passer d'une subordination, devenue encombrante et peu efficace.

Le socialisme utopique, qui n'a pas entièrement disparu, reposait sur un mythe : celui d'un homme vertueux, bon travailleur, bon camarade, bon parent, partageux et non accapareur.

Ce capitalisme utopique repose, comme le socialisme utopique, sur un mythe qui avait été dès 1979 décrit par Pierre Rosanvallon(1).
Ce mythe est constitué par la croyance en l'atteinte d'une harmonie sociale obtenue par la convergence spontanée des volontés individuelles en un « bien commun ». 

Il n'est autre que celui de la main invisible d'A. Smith qui serait transposée au sein de l'organisation.

Il y avait, en effet, une sorte de contradiction dans la description libérale du fonctionnement économique :

  • D'une part, l'économie dans son ensemble était supposée fonctionner de la manière la plus efficace possible par une régulation spontanée grâce au marché, machine parfaite assurant aveuglément mais surement la coordination des efforts humains et l'affectation optimale des ressources ;

  • D'autre part, l'entreprise agissant sur ce marché était au contraire un univers clos, dirigé, planifié, contrôlé par une autorité centrale et ses délégataires … bref un « dedans » quasi soviétique opérant sur un « dehors » constitué d'un marché extérieur libre.

Les holacraties et autres entreprises libérées sont des tentatives d'importer, au sein des entreprises, le mode de fonctionnement autorégulé tant apprécié et vanté à l'extérieur.

Mais évidemment ce mode de fonctionnement pose la question du pouvoir et du droit de propriété sur ce qui est produit en commun.

C'est ici que revient la question du capitalisme. Le mode d'organisation holacratique permet d'envisager un capitalisme utopique. Les finalités de l'organisation peuvent être posées par ceux qui apportent le capital et qui auront en retour le pouvoir final et les droits de propriété. L'organisation interne sera gérée par une constitution holacratique … si si, ça existe déjà ! Brian Robertson, fondateur de Ternary software, éditeur de logiciel et première entreprise holacratique créée en 2001, a rédigé en 2010 une constitution(2) pour son organisation qui fait autorité en la matière.

Cette constitution explicite formellement, les finalités et les instances de l'entreprise, les droits et responsabilités des associés, le mode de développement de l'organisme.

Ce dispositif permet à des actionnaires de définir une raison d'être qu'ils fixeront à une organisation. Ratifiant la constitution holacratique, les actionnaires devenus ratifieurs (terme de la constitution proposée par Robertson) proposeront à des tiers d'adhérer à la constitution, tiers qui deviendront alors « associés » toujours au sens de cette constitution, c'est-à-dire pas forcément de participer au capital, pas actionnaires, on n'est pas en SCOP(3) !

« Les Associés de l'Organisation sont généralement tenus de réaliser un travail pour le compte de l'Organisation en agissant dans le cadre d'un Rôle explicitement défini. »(4)

Nous avons fait le tour : voilà un modèle possible de capitalisme utopique. C'est du capitalisme puisque c'est compatible avec la propriété privée des moyens de production impliquant les droits sur le produit du travail d'autrui. C'est utopique puisque que cela repose sur un idéal et un mythe d'harmonie spontanée auquel on a le droit de croire, mais à propos duquel on peut rester prudent compte tenu de la distance entre les mythes et les réalités. La main invisible d'A. Smith semble bien gauche, l'efficacité économique et sociale réelle du marché, sa capacité à effectuer une allocation optimale des ressources sont très loin du mythe. La confrontation des divers avatars du socialisme utopique avec les réalités humaines a souvent été cruelle.

L'alliance du meilleur des deux mériterait peut-être d'être explorée.

 

(1) Pierre ROSANVALLON (1979), Le capitalisme utopique - Histoire de l'idée de marché, Paris, Points-Seuil.
(2) Version française disponible sur le site https://github.com/holacracyone/Holacracy-Constitution-4.1-FRENCH/blob/master/Constitution-Holacracy.md
(3) Enfin pas forcément rien n'interdit de combiner scop et holacratie
(4) Article 1.1 de la constitution

 

Gilles Karpman

Newsletter n°74 - Février 18

 

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