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Être ou ne pas être harcelé… 

 

La notion de harcèlement moral a émergé depuis relativement peu de temps et a pris rapidement une place conséquente dans le paysage des relations de travail.

 

L'expérience accumulée dans le traitement de ces situations conduit à mettre en avant deux caractéristiques importantes : il s'agit d'une notion incernable qu'il nous faut pourtant tenter de cerner.

 

Une notion incernable

Ce qui caractérise au départ cette notion c'est qu'elle a été construite pour tenter de cerner des comportements adoptés pour indiscernables. Les difficultés à donner une définition nette du harcèlement permettant de tracer une limite bien établie entre ce qui en serait et ce qui n'en est pas sont donc profondément liées à la nature même du phénomène.

Par essence le harcèlement moral est insidieux. Il s'agit d'un comportement pernicieux consistant à faire souffrir en évitant tout ce qui pourrait être nettement identifié, qualifié, vérifié : violence physique, menaces claires, déclarations désagréables franches, refus de respecter un engagement, mesures autoritaires, arbitraires éventuellement illicites mais ouvertes, …

Serpent insaisissable le harcèlement effleure tous ces comportements, mais ne s'y arrête jamais assez pour qu'on puisse le saisir. Il est impossible à enfermer dans une définition rigoureuse. Il est un peu de tout, mais rien clairement. S'arrêterait-il nettement sur quelque chose, qu'il cesserait d'être harcèlement pour devenir violences, injures, sanctions abusives, toutes choses définissables et déjà punissables. Le harceleur procède par touche. Il cultive l'insaisissable. S'il y échoue, il sombre dans la banalité du comportement fautif ordinaire.

On a assorti la définition légale de règles censées faciliter la preuve : renversement partiel de la charge, protection des témoins. Ce n'est pas inutile, mais passe à côté de l'essentiel du problème. Le plus difficile dans le harcèlement n'est pas de savoir comment prouver mais de savoir quoi prouver. Le harcèlement est un peu répétition un peu méchanceté un peu déloyauté un peu menace et s'attache à n'être rien de manière affirmée. On a inventé le concept de harcèlement car certains comportements néfastes n'entraient pas dans les boites du Droit. On a donc créé une boite pour y mettre des trucs qui n'entrent pas dans les boites, quitte à désespérer le barbier de Sir Bertrand Russell.


Une notion incernable mais néanmoins cernée

Malgré cette difficulté ontologique, une définition est cependant là, posée par la toute-puissance du législateur. Inévitablement, elle respecte les normes de la logique judiciaire, indéfectiblement fidèle au syllogisme en sa linéarité comme à la binarité coupable/victime. Cette définition légale finit par structurer la perception des situations d'où émergent des accusations de harcèlement selon un modèle qui se révèle souvent peu adéquat à la compréhension des réalités dans leur complexité.

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La représentation que propose voire impose la judiciarisation de ces problèmes conforte considérablement cette tendance et légitime pour les plaignants cette simplification.

Il est humain, particulièrement lorsqu'on est en souffrance, d'attribuer la totalité des torts à une personne avec laquelle on est en conflit plutôt que de voir l'ensemble des circonstances ayant engendré la situation.

Mais les réalités d'où émergent ces plaintes et accusations présentent une logique d'interactions dont l'analyse systémique rendrait beaucoup mieux compte que cette vision réduite.

L'image romantique du harceleur pervers s'acharnant sur une victime éplorée correspond à certaines réalités mais, dans la grande majorité des cas, les souffrances réelles résultent de situations beaucoup plus intriquées que cela où se côtoient psychologies personnelles, organisation du travail, charge de travail et management.

Si on veut réellement prévenir les actes de harcèlement moral, il conviendrait de s'interroger sur la réalité et les déterminants des situations dans lesquelles interagissent les acteurs avant de décider de se limiter à les voir comme victime et coupable.

 

Gilles Karpman

Newsletter n°76 - Juillet 18

 

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