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Le travail (mal servi) sur un plateau

 

La tendance, et depuis de nombreuses années maintenant, est aux espaces ouverts, aux plateaux. On le voit quasiment se généraliser dans les activités tertiaires mais également de plus en plus en milieu industriel, pour les études, parfois mêmes pour les équipes de direction.

 

Sauf que quelques entreprises, et notamment aux États-Unis, commencent à en tirer les leçons et même à faire demi-tour… Tiens, tiens, une mode managériale, conduisant à des décisions « corporate » souvent peu participatives, aurait-elle été érigé en dogme, peu ouvert à la contradiction (définition d'un dogme, en fait) et ferait-elle apparaître aujourd'hui ses effets pervers ne pouvant plus être cachés sous la moquette (de l'open space, bien sûr) ?

Quels sont les fondements de cette évolution ? Le gain immobilier en m2 utilisés ? L'économie de cloisons ? Ça va de soi que le calcul économique n'est (légitimement d'ailleurs) jamais totalement absent, mais ce n'est pas ça qui est déterminant. Les mêmes entreprises sont prêtes à investir beaucoup plus quand c'est contributeur à leur performance, voire indispensable à leur compétitivité et l'obtention de résultats.

Pour marquer l'ère de la transparence ? D'aucun dirait tout autant de la surveillance ? Ce n'est jamais non plus réellement officiellement évoqué sous cet angle. D'ailleurs, quand on interroge les entreprises sur ces choix, on a du mal à retrouver le ou les coupables, ceux qui assument clairement et argumentent le pourquoi d'un tel choix.

Se moderniser et sortir des vieux fonctionnements et des vieux concepts conduisant au repli sur soi, pour favoriser la communication ? Sortir du travail en silo ? Développer la créativité et la synergie par la facilitation et donc la multiplication des échanges ? Ah oui, ça, ça le fait bien comme argumentation : le matriciel et le transverse de l'organisation, le co-working, rompant avec les cloisonnements, les circuits obligés et les replis sur soi, s'exprime encore mieux dans l'entreprise des hauts plateaux, libérée et délivrée, comme la reine des neiges.

Bon, sauf que quand ce genre d'approche se sacralise et se systématise avant même d'en avoir anticipé (ou suivi et mesuré à l'usage) les obstacles et inconvénients, on ne les découvre que trop tardivement et ils sont beaucoup plus difficiles à corriger.

Il y a pourtant des constats simples : les espaces ouverts favorisent le bruit, les interférences, voire les incivilités (délibérées ou non). Toutes les personnes au travail n'ont pas le même respect, voire simplement le même discernement, pour tenir compte des contraintes d'autrui, pour mesurer que leur demande est moins urgente que la tâche à laquelle un collègue, hiérarchique ou non, est occupé. Les règles du vivre ensemble (je frappe avant d'entrer et vérifie d'abord la disponibilité de mon interlocuteur avant de lui soumettre mon sujet) ne se transposent pas mécaniquement et toutes seules dans l'open space, si on ne les invente pas, si on ne les inculque pas, si on ne les corrige pas.

On voit aujourd'hui dans beaucoup d'entreprises (et en particulier celles qui sont majoritairement constituées de personnes ayant connu « avant », quand elles disposaient de leur espace propre ou beaucoup plus limité à une équipe homogène), des personnes qui s'agacent, qui finissent par venir travailler avec un casque anti-bruit, qui commencent à parler de risques psycho-sociaux, qui viennent travailler à reculons. Si on ajoute à cela l'obligation de conserver des espaces d'entretiens ou de réunions à disposition de chacun, qui nécessitent soit de réserver soit de courir plus vite que ceux qui le veulent au même moment, on perçoit beaucoup de signaux, de tensions, voire un peu plus, de la part de celles et ceux qui travaillent désormais dans ces environnements.

Faut-il les bannir ? Faut-il revenir à une autre vérité ? Y'en-a-t-il une ? Sûrement pas. Mais il y a des constats à faire qui ne peuvent pas se contenter que du déni et qui doivent conduire à re-questionner les modalités de travail adaptés aux espaces ouverts, même si c'est dommage qu'on n'ait pas fait l'inverse.

Un psychologue (dont j'ai oublié le nom) suggérait que pour beaucoup de collaborateurs, son chef était le père qui incarne l'autorité tandis que son bureau incarnait la mère, « tanière sécurisante où l'on se retrouve mais que l'on quitte pour conquérir le monde ». Ce n'est parce qu'un psychologue l'a dit que c'est vrai, mais j'aime bien l'idée.

Je vous dis ça mais depuis un an et demi, chez IDée, on est passé nous aussi en open space. Mais on est tous bien élevés et surtout, notre métier consiste surtout à passer du temps dans les vôtres.

 

Yves Pinaud

Newsletter n°83 - Décembre 19

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