Inaptitude à diriger - Henri VACQUIN


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"Comme à France Télécom, ce qui est en cause, c'est l'inaptitude à diriger"

 

Photo Henri VacquinHenri VACQUIN, consultant, interviewé par R. Bx, Le Monde :

 

Henri Vacquin, sociologue, est spécialiste des relations sociales dans l’entreprise. Son dernier ouvrage a pour titre Mes acquis sociaux (Seuil, 2008).

 

Comment expliquer la multiplication des suicides ou des tentatives sur le lieu de travail ? S’agit-il d’un phénomène nouveau ?

La nouveauté, c’est la sensibilité de l’opinion publique qui fait dorénavant le lien entre suicide et relation de travail. Les vingt-cinq suicides à France Télécom rencontrent un écho colossal, comparés aux drames qui se sont déroulés chez Renault, à PSA, à EDF ou aux suicides encore plus nombreux dans la police ou dans l’éducation nationale. Aujourd’hui, on associe la souffrance au travail à un management libéral de l’entreprise.
Depuis trente ans, la mutation du travail a été colossale. Elle s’est faite autour de valeurs ultralibérales : le gain comme moteur de l’histoire, la primauté à l’individu sans engagement à l’égard de la société.

 

L’individualisation dans le travail a-t-elle trop isolé le salarié ?

L’individualisation du travail a correspondu à une aspiration à l’autonomie. Le patronat l’a vite compris. Le salarié a été laissé en tête-à-tête avec la direction, dans un rapport faussement égalitaire. Et le syndicalisme n’a pas été capable de défendre l’individu, de le prendre en compte dans un cadre collectif. Aujourd’hui, les syndicats sont dans la même impuissance que les directions.

 

La crise économique ne joue-t-elle pas un rôle en amplifiant le mal-être ?

C’est une évidence. La faillite de l’ultralibéralisme qu’a démontrée la crise économique a bouleversé l’opinion publique en révélant une énorme immoralité. On a redécouvert le rôle prépondérant du politique, tout en constatant son impuissance à réguler les problèmes. Le pouvoir, où qu’il s’exerce, a été décrédibilisé.
Dans l’entreprise, la traduction a été encore plus concrète. Un suicide dans l’entreprise, même s’il n’a pas ses causes exclusives dans la relation au travail, démontre la nuisance de celle-ci et son rôle déclencheur dans le mal-être.

 

Les risques dans un organisme somme Pôle emploi sont-ils du même ordre qu’à France Télécom ?

Ce qui se passe à France Télécom n’est pas différent de ce qui peut se passer à Pôle emploi ou ailleurs. À Pôle emploi, les éléments de la fusion de l’ANPE et des Assedic pèsent évidemment, avec des organisations du travail et des pratiques différentes. La souffrance de ce que vit le chômeur et l’impuissance du conseiller face à lui existait déjà du temps de l’ANPE. Mais cette impuissance est démultipliée par la crise. De plus, la sous-traitance à des organismes privés de l’accompagnement d’une partie des demandeurs d’emploi est vécue par certains comme une remise en question de leur capacité et de leur efficacité.

 

Faut-il remettre en question la fusion entre ANPE et Assedic ?

Le guichet unique est un service apporté aux citoyens, mais il interroge la capacité du management de Pôle emploi à organiser cette optimisation du service public. Comme à France Télécom, ce qui est en cause, c’est une inaptitude à diriger. L’autonomisation dans le travail s’est faite dans un flou qui ne permet pas aux salariés de comprendre la finalité des projets. Ils n’ont pas de repères et l’autonomie s’est accompagnée d’un renforcement des contrôles avec une flopée d’indicateurs, dont ceux qui évaluent l’efficacité et la rentabilité. Ces indicateurs ne sont pas porteurs de sens, ils n’aident pas dans le travail.

 

L’assistance psychologique individuelle ou par groupes de parole est-elle efficace ?

Il faut faire tout cela. À ceci près qu’il ne s’agit pas de demander aux psychologues d’aider le salarié à faire le deuil de la nuisance au travail, de l’oublier, mais au contraire de la résoudre. La solution relève du pouvoir managérial et du contre-pouvoir syndical. La ministre de l’économie, Christine Lagarde, a parlé d’un « nouveau contrat social ». Oui, s’il est mis en œuvre autrement que par le management ultralibéral qui a créé la situation qui est la nôtre actuellement.

 

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