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Addiction et souffrance au travail : Soigner le travail ou soigner les personnes ?

 

Quelques études et analyses pointent l'inquiétante montée de l'usage de psychotropes divers au travail.
Les pratiques rapportées dans ces études changent la perception des rapports entre pratiques addictives et travail.
Les entreprises s'inquiètent depuis longtemps des risques encourus du fait de l'abus d'alcool, de drogues, voire de médicaments par certains salariés, mais la question était posée comme celle du risque que les pratiques de ces personnes faisaient peser sur l'entreprise.

Les constats actuels renversent radicalement la problématique, il ne s'agit plus de se demander « quels risques les personnes addictes font peser sur le travail ? », mais « comment les conditions de travail de plus en plus tendues obligent certains à recourir à des psychotropes pour délivrer ce qui est attendu d'eux ou supporter la souffrance que leur inflige le travail ? » 

Ce n'est plus le travailleur addict qui menace le monde du travail, mais avec la montée des risques psycho-sociaux, c'est le monde du travail qui oblige les personnes à rechercher une ressource dans l'usage de psychotropes.
De danger les psychotropes seraient devenus ressources !!!

Remettons tout de même certaines choses à leur place. Il y a du vrai dans ces constats et dans l'analyse qui en est proposée. L'augmentation de l'importance des consommations de psychotropes et l'évolution de leur nature est pour partie une conséquence de certaines formes de management et d'organisation du travail. C'est important de le dire.

Je voudrais cependant alerter contre les dérives possibles à partir de ces analyses car elles peuvent mettre des personnes en danger.

Il peut être plaisant et valorisant de s'insurger contre la stigmatisation des usagers de psychotropes et d'y opposer la dénonciation des modes actuels de management. On se place ainsi d'emblée en défense de la personne souffrante contre les monstres froids des organisations dépersonnalisées.

Lorsque nous empruntons ce préalable empathique et confortable, le rationaliste qui ne dort que d'un œil chez beaucoup d'entre nous ira rapidement énoncer une idée radicale, au sens premier du terme, du genre « il faut soigner la cause et non l'effet ». C'est donc le travail qu'il faut soigner et non les usagers ayant recours à l'aide des psychotropes pour supporter ce que le travail leur fait subir.

Là je dis danger !!!

Les conséquences peuvent persister alors que les causes ont disparu. Ce phénomène s'appelle hystérésis en systémique, l'exemple le plus simple en est l'inertie des corps pesants : le mouvement se poursuit lorsque la poussée qui l'a provoqué a cessé.

L'addiction a sa dynamique propre bien connue. Oui les psychotropes sont souvent, en premier lieu, une ressource pour supporter bien des choses ... ou oser faire d'autres choses ... ou faire taire certaines angoisses.

Ça a toujours fonctionné comme ça. Les effets positifs ressentis lors de leur usage existent mais ils sont l'appât d'un piège qui se refermera sur ceux qui y ont recours.

Oui la prise de psychotropes est associée par l'usager à des effets ressentis comme positifs…sinon il ne recommencerait pas. Mais à partir de là, accoutumance et dépendance feront leur chemin et la ressource va insidieusement devenir le tyran destructeur.

C'est le principe même de l'addiction qui s'installera via des mécanismes biologiques, neurobiologiques et psychologiques redoutables.

Le discours qui veut mettre au premier plan les logiques externes à l'individu (difficultés sociales, professionnelles, ...) qui l'ont conduit à rechercher un soulagement, une aide dans l'usage d'un psychotrope, va contribuer à retarder chez la personne addicte la prise de conscience de son problème. Ce discours lui fournit une excuse commode pour poursuivre sur le chemin morbide de l'addiction.

Combien d'alcoolo-dépendants ont pris excuse de leurs malheurs pour justifier leur consommation et la perpétuer ? Combien ont expliqué qu'ils buvaient parce qu'ils n'avaient pas d'amis/trop d'amis, pas de travail/trop de travail, pas d'argent/trop d'argent ?

En attendant qu'on parvienne à « soigner le travail », à écarter les formes de management, malheureusement bien réelles, qui engendrent des troubles psycho-sociaux, les personnes entrées en addiction ont d'abord un problème plus urgent et critique pour eux : sortir de l'addiction.

La prévention des addictions ne peut attendre que le monde ait changé et que le travail ne soit plus générateur de stress, d'anxiété, de tensions. Si la prévention des addictions gagne à s'enrichir et s'ouvrir à l'action et la réflexion sur la souffrance au travail, elle ne peut leur être ni annexée ni subordonnée.

Du fait de leur addiction, des personnes sont en danger et font courir des risques aux autres. Les échéances de ces dangers et ces risques sont beaucoup plus rapides que celle à laquelle on peut espérer voir apparaitre « un nouveau paradigme du travail, respectant l'humain remis au centre de nos organisations ».

Soigner le travail c'est un joli mot d'ordre, mais certaines personnes n'ont plus le temps d'attendre qu'on découvre vraiment ce que ça veut dire…

 

Gilles Karpman

Décembre 17

 

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